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Retravailler après un traumatisme crânien grave

Témoignages GE - Philippe GROSSMANN, ergonome coordinateur, IPRP

expérience d’une démarche précoce d’insertion menée par l’Unité COMETE France du Centre de Réadaptation Fonctionnelle Clémenceau de Strasbourg

Cet article vous permettra de mieux appréhender ensuite la vidéo de 14 minutes réalisée autour du projet de réinsertion professionnelle de Mr.W, 36 ans, père de famille , victime d’un grave traumatisme crânien le 22.01.2007 par explosion d’un pneu de tracteur à son domicile. Deux ans se sont écoulés entre l’irruption de l’accident et la reprise du travail à temps partiel thérapeutique, un temps qui semble long mais qui correspond souvent aux délais nécessaires tant au patient pour se restructurer partiellement qu’à l’entreprise et à l’Unité COMETE pour élaborer et valider un projet de réinsertion professionnelle durable, ceci malgré les troubles moteurs et cognitifs résiduels.

Mr W était cariste dans l’entreprise « Jus de Fruits d’Alsace » à Sarre Union avant cet accident. Après une période de coma et un réveil difficile, il est admis au Centre de Réadaptation Fonctionnelle (CRFC) de Strasbourg le 19.02.2007 avec des troubles moteurs et cognitifs majeurs. Il y sera suivi en rééducation et réadaptation fonctionnelles jusqu’au 28.11.2008, soit une prise en charge d’une durée de 22 mois.

La prise en charge de l’Unité COMETE a débuté le 05.06.2007, soit 4,5 mois après l’accident, alors que le patient avait encore d’importants troubles moteurs et cognitifs. Après de multiples contacts téléphoniques avec le médecin du travail, qui a rencontré Mr . W en pré-reprise précoce à ma demande, et avec le Directeur de production de l’usine, nous avons organisé une 1ère réunion à l’entreprise le 10.09.2008, avec pour objectifs :

  • éclairage du collectif de travail sur les troubles moteurs et cognitifs( handicap invisible ) de Mr.W et élaboration du cahier de charges du futur poste de travail à proposer en reclassement.
  • étude d’un nouveau poste de travail proposé par l’entreprise, correspondant au cahier de charges suivant :
    • pas de conduite d’engin autoporté
    • pas de travaux en hauteur
    • pas de bruit, pas de stress
    • pas de mémorisation permanente d’informations nouvelles
    • travail simple et répétitif, sans gestion simultanée de différents stimuli
    • pas de travail isolé (doit être sous surveillance directe et indirecte)
    • pas de vigilance ni d’attention soutenue.

Les personnes concernées ont été : médecin du travail, directeur de production, responsable des ressources humaines, coordinateur de sécurité, infirmière du travail, responsable du secteur. Une mise en situation écologique a été réalisée ensuite dans le cadre d’une nouvelle visite de pré-reprise, durant l’arrêt maladie, afin de vérifier – in situ – l’adéquation du futur poste probable avec les difficultés physiques et cognitives de Mr .W. Une 1ère validation a pu être faite et a permis également de préciser les aménagements à prévoir.

Une reprise du travail progressive, à 30% thérapeutique, a été organisée à partir du 20.01.2009 avec des aménagements techniques et organisationnels :

  • aménagement de rampes au niveau de l’escalier menant au parking
  • amélioration de l’éclairage existant
  • délimitation précise de la zone de travail
  • reprise des irrégularités du sol
  • intégration d’un « Deroulpack » pour le filmage manuel des palettes
  • mise en place d’un Tutorat interne avec financement par l’AGEFIPH
  • mise en place de l’Aide au poste, aide financière de l’AGEFIPH pour compenser le manque de productivité de la personne du fait de la lourdeur du handicap.

Un passage à 50% thérapeutique a été possible ensuite à partir du 29.06.2009, avec en complément une pension d’invalidité 1ère catégorie. L’objectif étant de pouvoir encore augmenter le temps de travail et éventuellement attribuer un autre poste de travail à Mr. W. par la suite.

Aux dernières nouvelles reçues de l’entreprise en janvier 2011 à l’occasion de l’envoi du film, le directeur de production nous informe que Mr. W a finalement pu repasser le CACES avec succès, avec la meilleure note (20/20 !), ce qui permet d’envisager un enrichissement du poste , tout en prenant les précautions nécessaires vis-à-vis de la problématique d’une baisse possible de l’attention divisée en situation de conduite de chariot autoporté.

Ce long cheminement nous permet d’affirmer que les capacités de réadaptation d’un homme gravement blessé au niveau de l’organe majeur qu’est le cerveau sont importantes mais nécessitent un accompagnement pluridisciplinaire pour pouvoir être développées et confirmées avec le soucis permanent de la sécurité en entreprise et de la pérennisation du reclassement professionnel. L’efficacité de la démarche nécessite également une réelle progressivité dans le temps de travail et la complexité du travail, notamment au niveau des tâches à contraintes cognitives élevées. Cette démarche pluridisciplinaire, qui jette très précocement un pont entre le monde médical et le monde de l’entreprise, s’est appuyée dans ce cas sur une volonté farouche de l’intéressé, mais aussi de l’entreprise, qui prend particulièrement à cœur son rôle citoyen dans le maintien en emploi d’une personne en situation d’handicap professionnel.

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